Mr. Pike…

Publié le par manu-fishing.over-blog.com

 

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Le brochet est sans nul doute le poisson qui fait rêver depuis longtemps un grand nombre de pêcheurs aux leurres… Certes le Bass nous donne des sensations telles que nous sommes nombreux à vouloir développer et pérenniser son implantation sur le territoire, à tel point que nous essayons même de faire venir le petit cousin, le petite bouche ! Néanmoins le brochet conserve une place à part dans le cœur des pêcheurs sportifs, en tout cas dans le miens. Et pour cause au-delà de sa combativité, mais aussi parfois de sa maladresse, de ses mensurations records et de sa gueule d’alligator en colère, ce magnifique poisson souffre depuis de nombreuses années de la pression de pêche, l’endiguement des cours d’eau, l’assèchement des zones humides et la dégradation de la qualité de l’eau qui lui on valu un classement parmi les espèces vulnérables.

 

Quel dommage lorsqu’on sait que ce poisson est véritablement une espèce à part entière de nos régions puisque la France se défini comme la marge sud de l’air naturel du brochet. C’est pour cela que je me permet de souligner les lignes de ce que l’on pourrait qualifier de gestion intelligente. Les lignes qui suivent sont sans prétention, mais je crois que pour que la gestion des milieux aquatiques soit un jour une réussite il faut commencer par appliquer certains principes . Le premier : avoir un minimum de culture sur le sujet que l’on traite…

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Biologie

Le brochet est l’une des espèces continentales que l’on peut qualifier de grande taille avec un record en Europe de 25 kg, et une longueur pouvant facilement dépasser le mètre !! Soit une longévité atteignant 20 à 30 ans.

 

Les populations de brochet sont aujourd’hui en difficultés chez nous, pourtant sa répartition est naturellement  exceptionnelle puisqu’elle s’étend sur l’ensemble des régions septentrionales de l’hémisphère nord. De plus en matière de représentation dans nos milieux aquatiques, le brochet possède certes des exigences fortes, néanmoins on le trouve de la zone à ombre (cours d’eau frais au débit assez soutenue) jusqu’aux zones à brème et étangs. Certes le milieu lui convenant à merveille reste tout de même les plans d’eau de faible profondeur, aux berges inondables et à l’eau claire.

 

Enfin, le brochet a une place prépondérante dans nos écosystèmes aquatiques. En effet, c’est un super prédateur. Petit rappel, l’organisation de l’écosystème conduit à une distribution pyramidale de la biomasse par niveau trophiques successif au sommet duquel se trouve le brochet ! Ainsi la quantité de carnassier dans le milieu dépend donc directement du volume de proies disponibles déterminé lui-même par la capacité de production du milieu.

 

Mr Pike a un rôle prépondérant, ou plutôt deux :

 

Il régule le poisson fourrage et sa propre population et donc la stabilité de l’écosystème

Il élimine les individus peu viables et favorise ainsi l’évolution génétique.

 

En pratique, dans un milieu équilibré de 300kg/ha de biomasses, les carnassiers représentent 15 à 20% de la biomasse, soit 40 à 60 kg à l’ha (brochet, bass, perche et sandres).

 

Ceci signifie donc que le prélèvement ne peut pas dépasser une certaine quantité au risque de voir la quantité totale chutée irrémédiablement, soit ne pas dépasser 15 à 30 kg/ha ! Je parle dans un milieu équilibré, sans remise de poisson à savoir alevinage ou lâché d’adultes !

 

De plus, un milieu riche c’est un milieu qui assure la stabilité de la population des proies par la diversité des prédateurs. Et oui il ne mange pas tous la même chose et surtout pas forcement aux mêmes endroits et aux mêmes moments. Mais l’inverse est vrai aussi, la diversité des proies assure la stabilité de la biomasse des prédateurs.

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Une espèce très exigeante :

L’un des soucis très fort  avec le brochet c’est la nécessité d’avoir un milieu avec des caractéristiques très marquées afin qu’ils puissent s’y développer correctement et remplir ses fonctions vitales, pour lui en tant qu’individus et son espèce en général.

 

Le brochet a besoin de prairie fraichement inondée pour se reproduire, mais aussi pour assurer les premiers jours des alevins avec vésicule puis sans. En plus il faut à manger pour tout ces petits et beaucoup de caches. Tout ceci pendant la première ou 2 premières années. Plus ses critères sont réunis et plus vite le brochet grossira et deviendra mature. C'est-à-dire en âge de se reproduire, car c’est la taille du poisson qui commande sa capacité à se reproduire et non pas son âge ! Cela veut dire qu’un mâle peut se reproduire au bout d’un an si les conditions le permettent. En moyenne c’est plutôt au bout de 2 ans. Pour la femelle c’est 2 ans si la croissance est rapide et 3 ans autrement, soit un taille de 40cm !

 

Tout ceci est crucial et explique à priori notre gestion via la maille. Vu ce que l’on vient de voir, on peut dire que pour le moment c’est assez logique. Oui, mais c’est oublier d’autres critères qui rentrent en ligne de compte. La fécondité dépend elle aussi de nombreux facteurs : il faut suffisamment à manger, des caches, et surtout le nombre d’œuf est fonction du poids. On parle de nombre d’ovules par kilo de poisson vif. Chez le brochet il va de 16 000 à 28 000 ovules par kg. Cette variation est très importante est montre surtout la fragilité relative de cette espèce par rapport à la qualité du milieu. Nous reprenons ce que nous disions, le brochet est vraiment une espèce que l’on peut qualifier de sensible ! La femelle est tellement sensible que le stress peut stopper le processus de maturation des ovules jusqu’à leur résorption. D’où l’intérêt de ne pas le pêcher pendant la période de fraie… Justification de la période de fermeture ! (pour le moment la règlementation semble donner satisfaction !!??)

 

Un élément prépondérant, c’est la capacité de reproduction des jeunes individus. On a vu que si le milieu est riche et/ou équilibré, ceux-ci sont très rapidement en capacité de se reproduire. Oui, sauf que ces jeunes brochet, proies potentielles des gros, ne participent pas aux ébats lorsque la densité de gros spécimen présente sur les lieux de frayères est importante. Ceci tient à une caractéristique propre au brochet : le cannibalisme. Cette caractéristique est vraiment typique. Celui-ci est plus ou moins important en fonction de la qualité du milieu : quantité suffisante de proies, densité des juvéniles. Ce cannibalisme doit être perçu comme un moyen de régulation. Néanmoins, compte tenu de la croissance assez rapide, et de la précocité de la période de reproduction, le brochet est une proie essentiellement durant la première année de sa vie, surtout vis-à-vis des autres prédateurs. Le seul qui physiquement peut venir perturber cet état de fait est, outre le brochet lui-même, le silure, néanmoins celui-ci à des lieux de vie générallement différents. Ainsi les rencontres sont assez rares pour qu’il n’y ait pas de véritables conséquences.

 

Enfin, pour terminer sur l’exigence de l’espèce outre les lieux de ponte et les premiers stades de la vie, la végétation aquatique est un élément prépondérant pour la stabilité du brochet.

En effet, grâce à un couvert végétal dense :

séparation des individus et préservation ainsi des différents stocks alors bon équilibre entre juvéniles, sub-adultes et adultes car cannibalisme réduit.

Zone de couvert importante pour la chasse à l’affut.

Protection des jeunes (<1an) vis-à-vis de l’avifaune.

Présence importante d’invertébrés et alevins d’autres espèces (le gîte et le couvert !).

 

Végétation, mais pas n’importe laquelle : dressée, flottante, submergé, et le tout avec des embâcles. La végétation limitante étant plutôt celle qui est trop dense, formant un milieu trop fermé. Pour que la capacité d’accueil d’un milieu aquatique soit au maximum, celui-ci doit être recouvert de 25 à 75 % par la végétation décrite !

 

Bon on l’a compris, le brochet pour qu’il soit au top il lui faut de quoi se cacher, se nourrir et se reproduire, comme tout le monde quoi ! Néanmoins, pour aller plus loin, la densité et l’état d’une population de Brochet dépend avant tout de la qualité du milieu. Cela peut paraitre évident mais c’est un préalable indispensable qu’oublient trop fréquemment les  gestionnaires de la pêche. Cette remarque vaut autant pour le brochet que pour le bass bien sur ! Ainsi la connaissance d’une espèce est le préalable avant de vouloir faire un étang à bass ou brochet. Puis en fonction de cela on choisi une objectif et un mode de gestion.

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Au boulot !

Je me souviens d’une discussion avec Numa ou je lui disais que le vrai objectif serait un milieu relativement équilibré. A savoir une population qui se maintient quasiment seule. Je ne trouve pas intéressant de mettre des poissons dans une bassine, les faire grossir comme on peut et les attraper jusqu’à qu’il en crève. Ce genre de milieu  n’offre aucunes surprises, et me donne l’impression de pêcher dans un aquarium. A l’inverse un milieu équilibré nous offre toujours quelques choses, pour preuve lors de vidanges on découvre souvent un brochet de 15 kg et de plus de 1m, jamais vu jamais attrapé !!! Ou encore des densités jamais imaginé…

 

Ainsi, si on s’en tient aux propos donnés, il faut un milieu diversifié ou la végétation est très présente, avec un équilibre en double pyramide : celle des âges de la population de brochet, et la pyramide trophique, avec au sommet nos prédateurs.

 


Si je devais faire un choix de gestion, je tends sans ambigüité vers le No kill total car naturellement le poisson subit une mortalité : prédation, maladie, concurrence intra ou interspécifique… cet état de fait m’oblige en tant que gestionnaire à vérifier régulièrement l’état de mes populations. Cela se fait simplement par carnet de pêche individuel, pêche électrique et bilan exhaustif lors de vidange (quand c’est possible bien sur). Je ne crois pas en la maille à 50 car nous avons vu que le brochet lors de ses premières reproductions peut se voir limiter dans l’acte par concurrence avec les gros individus. Ainsi cela répond à l’interrogation de la population la plus efficace pour se reproduire : beaucoup de petits poissons (40 à 70cm) qui individuellement ont une faible production ovulaire mais compense cela par le nombre d’individus, ou des gros moins nombreux mais qui pondent plus. Or nous avons vu que les petits en présence des gros ne participent pas au ébats. Nous ne sommes pas en Labo. La nature et riche et imprévisible… il n’y a pas que la génétique qui rentre en ligne de compte, l’éthologie nous complique bien les choses… heureusement !

 

La vraie réponse à tout cela n’est-elle pas de faire suffisamment de lieu de frayère pour que tout le monde ait la place pour mener son histoire d’amour au lieu de vouloir travailler sur la maille (classique ou inversée).

 

Je dis souvent que la nature est bien faite et que nous devons lui faire confiance. Le brochet est vraiment un bon exemple en la matière, nous l’avons vu avec le cannibalisme qui est vraiment une caractéristique propre au  brochet et tant à démontrer sa faculté naturelle à s’autogérer. De même, le brochet est le carnassier se reproduit avant les perches, sandres et bass. Ainsi les alevins puis juvéniles seront suffisamment en avance pour ne pas à avoir à redouter de la prédation des autres espèces. Le brochet montre qu’il faut laisser le poisson faire son œuvre. Travaillons prioritairement sur son habitat : zone inondable en hiver, nombre important d’obstacles ou végétation immergé, roselière, milieux variés. Continuer à relâcher du poisson au début pour soutenir les populations tellement faibles aujourd’hui… et ensuite au  terme d’une période de transition nous verrons si nous pouvons nous contenter de travailler uniquement sur le milieu. En effet, il y a tellement longtemps que nous ne pêchons plus des  milieux préservés et abondants que nous ne savons finalement plus le véritable rôle d’un soutien des populations via l'alevinage…

 

Le suivi montrera probablement une chute régulière des effectifs, car outre les phénomènes « naturels » précédemment décrit, la pression de pêche ; même en no-kill joue assurément sur la mortalité des populations. Oui mais jamais autant que le prélèvement des viandards. Mais c’est tout de même une réalité… Pas grave adaptons nous ! Le mieux pour cela c’est : changeons notre mode de vision et arrêtons de gérer une espèce en relâchant des individus mais agissons plutôt sur le milieu récepteur. C’est le syndrome des échelles à poisson pour les saumons. Depuis 25 ans nous relâchons des saumons dans nos cours d’eau, mais il a fallut attendre plusieurs dizaines d’années avant de mettre en place des équipements de franchissement d’obstacles sans lesquels le saumon ne pouvait par atteindre ses zones de reproduction !!!?? C’est énorme et pourtant c’est la réalité de la gestion piscicole en France !!!

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Passons d’un mode de gestion de prélèvement et d’alevinage à un mode de gestion des milieux aquatiques,  de no-kill, de respect des captures et d’éveil sur le soutien nécessaire ou pas à la population. Sachons  que naturellement si une eau n’offre qu’une place réduite au brochet, sachons nous en contenter. Nous avons la chance d’avoir des espèces piscicoles prédatrices très complémentaires : il n’y a pas beaucoup de végétation, le substrat est plutôt graveleux, l’eau se réchauffe beaucoup et n’est pas toujours limpide : mettons du bass !

 

 

Le choix de gestion

Les exemples pris sont un peu facile car sans ambigüités. Dans la réalité des faits nous sommes plus souvent le cul entre deux chaises. Ainsi c’est là que se justifie la culture scientifique ou technique à acquérir ! Car cette culture est en réalité un outil de gestion qui doit nous aider à prendre une orientation et même tenter des expériences.

 

Prenons un exemple qui fait depuis quelque temps parler de mon département et occupe pas mal de monde : Lacanau. Un certain M. David Dubreuil  (notamment) est parti au combat pour pérenniser et enrichir cet immense plan d’eau en  bass. Mais la gestion pose un vrai problème !

 

C’est un étang à brochet, pourquoi y mettre du bass !!! Les pêcheurs qui fréquentent les lieux ne diront pas le contraire. Les spécialistes s’inquiètent même pour le bass et sa capacité à échapper au brochet. Pourquoi ne pas faire une gestion pour le brochet puisque c’est un poisson qui semble véritablement s’y plaire. Il y en a tellement que parfois il est sur des postes qui surprennent même les meilleurs.

 

Pourquoi investir du bass là où il aura du mal à pérenniser une population stable avec une naturalisation tout aussi médiocre !

 

Bon vous l’aurez compris, je noirci volontairement le tableau pour arriver à dire que rien n’est blanc ou noir ! Je vois les choses plutôt comme cela : le brochet est ici à l’aise, le vrai travail qu’il faut mener sur ce lac c’est s’assurer que la végétation se développent régulièrement, pas d’eutrophisation hyper envahissante, qu’il y ait toujours des surfaces de zone de fraie importantes via les nombreuse berges inondables, voir marécageuse ; travailler vraiment sur le milieu lui-même ! A côté de cela, lâcher du bass qui se développera tout de même mais qui aura néanmoins  toujours besoin d’un soutien de ses effectifs par alevinage. Cela ne me pose pas de problème en tant que tel puisque le sujet du chapitre c’est le choix de gestion. Choix de gestion dont les limites sont tout de même biologique ou/et scientifique mais aussi financière bien sur ! Il faut que l’instance responsable de la gestion du site sache avoir les moyens pour ne pas mettre tout ses œufs dans le même panier. Ne pas tout claquer dans l’alevinage de bass, garder un peu d’argent pour le milieu lui-même qui conditionne le potentiel en brochet mais aussi en bass !

 

N’oublions pas également que la richesse d’un milieu passe par l’idée qu’un milieu équilibré c’est d’avoir plusieurs espèces de prédateurs, car il y a plusieurs espèces ou types de proies… comme nous l’expliquions plus haut !

 

 

J’ai choisi de parler du brochet plutôt que du bass pour ne pas tomber dans la critique du pêcheur défendant uniquement  son intérêt propre et égoïste. Je suis le premier à critiquer les FD et AAPPMA. Je continuerai à le faire tant que nous assisterons à une gestion aussi peu soucieuse du milieu lui-même. Je l’ai dis 100 fois, les AAPPMA sont d’abord des défenseurs du milieu, puis des gestionnaires de la pêche, pas l’inverse. Et à la lecture des lignes de cet article j’espère que cela vous paraitra aussi logique qu’à moi…

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une photo collector pour ceux qui auront été au bout du papier...

Je parle pas du poisson vous vous en doutez !

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Commenter cet article

Jean-Louis 12/02/2012 15:51

Un bel article, qui mériterait d'être envoyé à toutes les sociétés de pêche française pour permettre d'avoir une vision plus globale et complète concernant la baisse du brochet dans nos cours
d'eau. Le lâcher de poissons n'est pas la seule solution.

manu-fishing.over-blog.com 13/02/2012 16:13



Merci !



gustave 01/02/2012 14:25

bravo manu
continue tes articles sont intéressants
c'est sur que le milieu devrait être privilégié a côté du profit
exemple du lac que tu connais ou on a enlevé les algues pour pour que les vieux puissent pêcher et ou l'on déverse en moyenne 1000 kg de truite chaque année plutot que de réhabiliter le milieu car
les truitasses c'est rentable .
cool la pêche en france ....

manu-fishing.over-blog.com 01/02/2012 16:03



tu es clairvoyant Gustave... voila une des raison pour laquelle je n'ai pas pris ma carte à l'Eau Bourde cette année...



pigoreau 01/02/2012 10:05

super article!!!
c'est des sujet comme ceux la qui manque dans predator malgrès la qualité du magazine.
Bonne continuation

manu-fishing.over-blog.com 01/02/2012 10:17



merci !