Edito PREDATORS n°44

Publié le par manu-fishing.over-blog.com

Numa m'a offert l'édito du N°44... le voici :

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Quel est ce besoin chez l’homme de vouloir transgresser aussi souvent les interdits ? Dans le cas de la pêche, le gangsta a une côte certaine auprès des jeunes. Il rafraîchit assurément le look de cette vieille dame qu’est la pêche à la ligne. Beaucoup ne voit là qu’une provocation grossière. Pour ma part je pense que cette envie cache quelque chose d’autre. Ce désir récurrent de cultiver l’effraction, parfois même le délit, doit être lu comme un signe, un symptôme d’une pathologie qui gangrène doucement mais surement notre pseudo culture halieutique à la française.

Je crois que la première chose qui motive les pêcheurs à franchir la ligne de l’interdit c’est la pauvreté de nos milieux. Si nous avions des milieux abondants, nous n’aurions probablement pas besoin d’aller voir de l’autre coté de ce panneau « pêche interdite ». J’ai très récemment pu poser directement la question de « l’abondance » à la FD de Gironde. J’attends beaucoup de leur réponse car pour moi l’appauvrissement général des milieux est une certitude. La vraie question n’est plus de savoir s’il y a encore du poisson mais bel et bien pourquoi n’y en a-t-il plus ? Que font les instances maintenant qu’elles prétendent faire de la gestion de milieu, que dis-je de la gestion patrimoniale. Douce boutade lorsqu’on sait que 95% des eaux Française sont non domaniales, c'est-à-dire que le droit à l’accès aux berges pour la pêche et la gestion des milieux est de la responsabilité du propriétaire riverain. Amer vérité lorsqu’on sait que ce sont les collectivités territoriales via les syndicats intercommunaux et communautés de communes qui ont la compétence. Et enfin quelle tristesse lorsque l’on sait que ce sont ces mêmes administrations qui gèrent l’eau et l’assainissement et qu’elles n’ont aucune puissance financière pour simplement mettre aux normes les infrastructures sous dimensionnées et vieillissantes, cause majeur de la mauvaise qualité des eaux. Les FD n’ont aucun pouvoir, et le peu dont elle dispose disparait avec les pêcheurs, bientôt plus rares que l’esturgeon commun. Pire encore elle semble ne rien entendre.

Revenons à nos Robin des Bois des temps modernes qui transgressent des lois qu’ils considèrent comme injustes, et espèrent avec leurs pratiques border line faire évoluer les mentalités pour que les milieux s’améliorent. L’autres raisons de l’émergence de ce courant c’est la frustration double. Non seulement il n’y a plus de poisson mais en plus il faut faire toujours plus d’efforts sur nos modes de pêche : réduire le nombre d’hameçons, augmenter les périodes de fermeture, accroitre le nombre réserve… c’est avec cette politique que l’on compte séduire de nouveaux pratiquants et conserver les anciens ? Les pêcheurs de carnassier sont de loin ceux qui sont le plus sanctionnés. Logique car ils cherchent les individus le plus haut dans la chaine trophique, et donc les plus fragiles. Nous sommes en période de récession ou l’Etat nous oblige à serrer encore plus la ceinture les FD semble s’en inspirer… et c’est avec ces mesures que nous allons améliorer la pêche en France ? C’est avec cette politique que nous allons attirer plus de pêcheurs qui grâce à la manne accrue d’argent permettra des initiatives pour accroitre la richesse des milieux. Vous avez compris, la crise nourrit la crise, et ce ne sont pas nos dirigeants qui sont aujourd’hui capables de nous sortir de là. C’est pour cela que les pêcheurs prennent des initiatives comme le gangsta, comme la privatisation de la pêche (plans d’eau privés, portions de cours d’eau non domaniaux fermées), d’autres un peu plus magnanimes font des compétitions et avec le peu d’argent récolté offrent aux AAPPMA un peu d’empoissonnement.

Le gangsta est une manifestation d’un mouvement à venir…  l’anarchisme, ce courant qui prône l’individualisme puisque tous les autres n’ont fait qu’aggraver la situation. Il y a des tas de solutions à proposer, mais aujourd’hui l’heure est aux constats d’échecs et à la gravité de la crise que nous vivons, surtout à la pêche. Je ne sais pas si l’anarchisme est une bonne chose. J’ai parfois une confiance aveugle lorsque je vois les pêcheurs cultiver aussi facilement le no kill, ou encore naturellement arrêter la pêche d’une espèce lorsque celle-ci s’ébat. Et parfois je me dis que tout est foutu lorsque je croise un silure crucifier à une branche sous prétexte que c’est lui qui bouffe tout, ou lorsque je vois des compétiteurs de renom, images du no kill, défoncer les cormorans avec leurs bassboats surpuissants… j’ai les noms. Quelle misère intellectuelle.

Mon fils déteste la pêche, très bien, voila l’occasion de me remettre au golf.

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Jérémy 30/01/2013 15:44

Bonjour,

Pour travailler aussi dans la gestion des milieux aquatiques, je suis assez conscient de certains problèmes. Mais je suis aussi conscient que si certaines espèces sont en déclin, d'autres se
portent bien.

Ensuite, je n'ai jamais dit que j'étais satisfait des populations de carnassiers en général mais il y a une chose exceptionnelle en France, c'est la réciprocité, la liberté de pêcher à peu près où
l'on veut sans trop de contraintes réglementaires et financières. Evidemment, le revers de la médaille, c'est la surfréquentation de certains parcours et les conséquences qui en découlent. La
gestion halieutique en France à ses inconvénients mais aussi ses avantages. Ce n'est pas forcément le cas à l'étranger.

Et sur certaines espèces, le brochet et le bass notamment, il est vrai que si la gestion reste passable (pas de restauration des milieux - ça reste la priorité n°1 -, pas de quotas stricts - 1
poisson/jour/pêcheur) ça fait mal.

Pour finir, je pense que la technique est importante surtout avec la pression de pêche actuelle et les densités de certains carnassiers fluctuantes et pour les autres abondantes, sandres ou perches
par exemple elle reste primordiale, tout comme la connaissance du milieu.

Juste un exemple, à mon arrivée en Normandie, je pensais faire de grosses pêches aux leurres sur la fario, vu les résultats que nous avions eu en Limousin et ailleurs. Et pourtant, seulement des
résultats médiocres et beaucoup de poissons suiveurs. Je pensais que c'était du à ma façon de faire, mais mes collègues et connaissances n'avaient pas plus de résultats.

Finalement, c'est en pêchant au toc en dérive naturelle (et pourtant je n'aimais pas cette technique) que nous avons renoué avec le succès en capturant en plus régulièrement les chevesnes qui nous
échappaient aux leurres et les Ombres.

Au final, sur ce secteur et même ailleurs, je ne pêche presque plus qu'en dérive naturelle tellement nous prenons de plaisir avec cette technique.

Autre exemple, en été, nous savons pertinemment que sur certains secteurs, les carnassiers sont plutôt amorphes et leur activité très courte et localisée aux extrémités du jour. Et bien on ressort
la batterie à carpe et on se fait plaisir avec des départs de fou !

Tout ça pour dire que ces nouvelles expériences sont enrichissantes et nous permettent de progresser dans les autres techniques que nous pratiquons habituellement, mais aussi qu'il y a vraiment
moyen de se faire plaisir. Il faut bien organiser sa saison, ne pas s'entêter et être polyvalent.

C'est ma vision de la pêche, cela n'engage que moi mais en étant réaliste sur les possibilités et les périodes, il y a de belles heures au bord de l'eau à passer. Et la solution ne passe évidemment
pas par le gangsta fishning, qui a d'ailleurs toujours existé au passage.

Après j'admets que pour le type qui ne peut pas beaucoup de libérer et qui ne peut pas trop bouger, ça peut effectivement tourner au cauchemar. Mais bon, je crois que sur la majorité des
territoires il y a des possibilités ... même si on les ignore encore !

Cordialement.

Jérémy

Jérémy 22/01/2013 10:19

Bonjour,

Comme d’habitude, Predators essaye de réveiller les vieux démons et de justifier ce qui ne l’est pas, diviser pour mieux régner alors que les pêcheurs ont besoin d’unité !

Il faut tout de même mentionner l’éducation des poissons pour être honnête. En effet, la pêche sera plus facile dans des eaux privées pauvres que dans des eaux publiques riches mais très
pêchées.

Effectivement, de nos jours, la pêche des carnassiers est difficile et demande de la technicité, je n’aurai pas aimé débuter à notre époque.

Et pourtant tous nos carnassiers ne sont pas en déclin, que dire des populations de Sandres, Silures, Chevesnes, Barbeaux, Perche qui sont abondantes dans notre pays ?

Que dire des populations d’Aspes qui gagnent du terrain ?

N’en déplaise à Numa, que dire des populations de farios abondantes ? N’en déplaise à Numa, en dehors de quelques secteurs sinistrés, j’affirme que la France est un pays d’exception pour cette
espèce que ce soit par la diversité des eaux que par la qualité des poissons et de leurs populations !

Ce n’est effectivement pas le cas des populations de brochets et de bass qui sont inégales mais en cherchant bien, il est toujours possible de se faire plaisir !

Alors oui, la pêche est difficile, oui les créneaux d’activité des carnassiers sont de plus en plus courts et imprévisibles, oui il faut être opportuniste, oui il faut varier les techniques et les
espèces (c’est aussi ça qui fait progresser), oui il faut pratiquer dans différentes eaux, oui il faut y consacrer du temps, etc.

Et tout cela ne se fait pas du jour au lendemain, il faut se créer une expérience, comme dans tous les domaines …

Dans tous les cas, un certain nombre de pêcheurs « nouvelle génération » et c’est visible sur le terrain ou sur les forums, ont sauté des étapes et se concentrent plus sur leur matériel et le
contenu de leur boîte que sur le comportement des poissons et sur les spécificités des eaux prospectées. Oui, aujourd’hui, il faut plus que jamais être stratège.

Alors plutôt que de se lamenter sur son sort, varions les possibilités et soyons réalistes et objectifs sur les atouts des territoires pêchés. J’affirme pour avoir pas mal bougé en France qu’il
possible de se faire plaisir au bord de l’eau, mais il ne faut pas se mettre d’œillères. Et je suis bien placé pour en parler, paroles d’un repentis !

Cordialement.

Jérémy, 28 ans, pêcheur de carnassier en priorité, exilé en Basse Normandie, dans un secteur plutôt « pauvre » en carnassiers mais qui se fait bien plaisir au bord de l’eau …

manu-fishing.over-blog.com 30/01/2013 13:23



Bonjour,


Merci pour ton message.


Je suis pas manichéen ainsi tu ne m’entendras pas dire que tout est bien ou mal...  si tu relis mon édito qui ne m'engage qu'à moi, et pas Numa, tu verras que je reconnais les
bons gestes, les bonnes intentions et qu'il y a un peu d'espoir. Toutefois j'ai légitimité d’exprimer ma frustration lorsque les discours rabâchés depuis des dizaine d'années n'ont toujours pas
trouver échos.


Il y a heureusement des coins de paradis en France... toutefois on ne peut pas se satisfaire d'une attitude médiocre, surtout lorsqu'elle est le fruit d'argent publique supposé défendre l'intérêt
général et les milieux aquatiques. On ne peut pas demander à un prof ou cheminot à la retraite de prendre des décisions pour lesquelles il n’a aucune culture. Des exemples j'en ai des milliers,
il n'y a aucune suffisance chez moi lorsque que je te dis que mon quotidien depuis plus de 10 ans sur la gestion des milieux aquatiques ne peut m'empêcher de grincer des dents.


Enfin, interroges-toi sur la notion d'abondance, regardes ailleurs comment cela ce passe. Bouquine les fondamentaux... trouve un lieu où tu feras une journée à 200 poissons pendant  que
certains pêcheurs  n'en font pas le centième durant une année de pratique... à potentiel égale ! Cela t'amènera à oublier que tout est une affaire de technique et que nos carnassiers
sont hyper intelligents car hyper sollicités... les anthropomorphismes sont nos œillères..... 


Toutefois si tu es content de nos cheptel piscicole j'en suis fort heureux... ce n'est simplement pas mon cas... alors que la recette pour y parvenir n'est pas un veine chimère, ainsi je
l’exprime et je me réjouis que Prédators m’offre une tribune pour cela.


Je regrette que ce plaisir sains et simple de la pêche cache tant d’hérésie intellectuelle. Mais c’est également le cas au golf…


Amicalement


Manu